Emploi : un nouveau site pour lutter contre les biais à l’embauche
Les Echos Start - mardi 12 juin 2018

Mozaïk RH lance une plateforme de recrutement gratuite pour mettre en relation recruteurs et talents victimes de discriminations. Nouveauté : elle est construite autour de tests de personnalité.

Alors jeune diplômé de l’université d’Evry Val d’Essonne, Anthony Babkine avait envoyé une centaine de CV pour un poste d’alternant. Tous sont restés sans réponse. Lorsqu’il se tourne vers le cabinet de recrutement Mozaïk RH, spécialisé sur les questions de diversité, son référent lui tient un discours inattendu : “Vous avez un nom à consonance étrangère, vous venez d’une ville de banlieue, et vous n’avez pas d’expérience dans un grand groupe.”

Si le jeune homme s’en est bien sorti et mène aujourd’hui une carrière d’entrepreneur, beaucoup de jeunes subissent, à qualifications égales, une discrimination à l’embauche en raison de leur genre, de leurs origines ou encore de leur adresse postale. Un gâchis lorsque l’on sait que, selon l’INSEE, 22% des jeunes actifs sont au chômage en 2017 et que les chercheurs d’emploi  issus des quartiers moins privilégiés subissent 3 fois plus le chômage.

Discrimination à compétences égales

Pour répondre à cet enjeu de société, Mozaïk RH entend passer à la vitesse supérieure. En partenariat avec l’entreprise de conseil Accenture, le cabinet de recrutement a piloté la création d’une plateforme d’embauches en ligne, appelée “DiversifiezVosTalents.com”. Son but :  mettre en relation les recruteurs et les talents sur la base des compétences des candidats, et non sur leur CV.

“Recruter sur le CV installe des biais de discrimination. Si on veut intégrer tous les talents, il faut aller chercher au niveau des compétences et des soft skills, et ne pas s’intéresser à la réputation des écoles,” affirme Saïd Hammouche, président et fondateur de Mozaïk RH. Un diagnostic que partage Christian Nibourel, président d’Accenture France et Benelux. “Un polytechnicien recrutera un polytechnicien et un centralien recrutera un centralien parce que cela les rassure. Résultat, on reproduit l’exclusion systémique des jeunes qui n’ont pas coché les cases du CV, alors que ce sont des talents prometteurs.”

Les entreprises – grands groupes comme les PME / TPE – ont des difficultés à trouver eux-mêmes des talents. Selon l’INSEE, 400.000 emplois ne sont pas pourvus chaque année, faute de candidats.

Des postes de cadre et de technicien supérieur

Aujourd’hui, ce sont 7.000 candidats présents au lancement de DiversifiezVosTalents.com. Saïd Hammouche espère atteindre les 100.000 inscrits d’ici juin 2019. Pour identifier ces talents non exploités, le cabinet passe par différents partenaires : l’APEC (l’Association Pour l’Emploi des Cadres), Pôle Emploi, les missions locales, les universités… “En termes de postes, on vise des emplois de cadres et de techniciens supérieurs” avance Saïd Hammouche. De quoi correspondre à des profils bac+2 et plus.

Cette plateforme de recrutement, accessible à tout le monde et gratuite pour le candidat comme le recruteur, met en relation le jeune en recherche d’emploi avec des offres de poste sur la base d’un algorithme de matching. Après avoir renseigné ses informations personnelles et professionnelles sur la plateforme (le recruteur n’y a pas immédiatement accès), le candidat effectue trois tests de personnalité conçus pour identifier ses forces, ses motivations et ses aptitudes.

Une plateforme basée sur des tests de personnalité

“Les tests portent sur trois critères : le raisonnement, la motivation, et la personnalité”, explique David Bernard, CEO de Assessfirst, le cabinet qui les a élaborés. Ils reposent sur des tests approuvés en psychologie internationale, poursuit-il. A la suite de ces tests, un algorithme proposera au jeune des offres qui collent à ses aspirations et sa personnalité, en fonction d’un “score de compatibilité” calculé en fonction des critères définis par le recruteur et le candidat.

De son côté, “le recruteur voit les profils de candidats s’afficher sur son écran en fonction de leur score de compatibilité, par ordre décroissant. Par exemple, un candidat peut être compatible à 76% avec une offre d’emploi. Le recruteur découvre ainsi des profils qu’ils n’auraient pas jugé intéressants sans cet algorithme,” poursuit David Bernard. Et quand ce dernier clique sur le profil d’un candidat, il voit d’abord le détail des scores de compatibilité puis, dans un deuxième onglet, ses informations professionnelles s’affichent de manière normalisée.

Un algorithme pour contrebalancer les biais

L’intérêt de cet algorithme est qu’il propose des profils en fonction de leurs compétences et de leurs motivations, et gomme les biais inconscients de sélection. “Un algorithme, c’est discipliné”, souligne Houssem Hamza, CEO de Data4Job, startup de la  RH Tech qui a programmé l’intelligence artificielle en charge du matching. “Si on lui demande de ne pas prendre en compte le genre, l’âge, l’origine géographique et socioculturelle d’un candidat, il ne les retiendra pas.”

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large, notamment encouragée par les pouvoirs publics. Parmi elles, on compte les emplois francs ou encore le projet “1.000 jeunes”, plan expérimental sur quatre communes d’Ile-de-France mené par le député Didier Baichère (La République En Marche) : son objectif est de matcher 1.000 jeunes des quartiers prioritaires avec 1.000 CDI et de les accompagner pendant leur période d’essai pour éviter le décrochage.

Mozaik RH 23, rue Yves Toudic 75010 PARIS
SIRET : 502 119 449 00069 APE 7010Z

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