Les collaborateurs sont le maillon fort de la fondation d'entreprise
Le nouvel economiste - vendredi 15 février 2019

Avec une implication toujours plus forte des salariés, les fondations seraient-elles en passe de devenir une nouvelle forme de démocratie participative ?Les collaborateurs sont le maillon fort de la fondation d’entreprise

Si le mécénat d’entreprise connaît une progression constante d’année en année, c’est qu’il répond à une forte demande des salariés. Les fondations voient le jour à la demande des collaborateurs, qui s’impliquent de plus en plus dans des actions de terrain pendant leurs heures de travail. Une façon de renforcer la cohésion d’entreprise, mais également de faire progresser le bien-être au travail. Pour les fondations, le souhait aussi de coller au plus près des réalités du terrain en proposant aux salariés d’être à l’origine de projets et de travailler en étroite collaboration avec les acteurs associatifs. Les fondations ne seraient-elles pas en train de devenir une forme de démocratie participative ?

La fondation d’entreprise s’articule désormais autour des salariés. Ces derniers sont de plus en plus impliqués. “Un des axes majeurs, dès la création de la fondation en 2015, a été de concevoir son action en lien direct avec les collaborateurs et leurs engagements. Nous avons aujourd’hui en permanence 205 salariés engagés tout au long de l’année sur une moyenne d’une journée par mois consacrée à des actions associatives”, explique Laure Kermen-Lecuir, présidente de la fondation Groupe ADP [anciennement Aéroports de Paris]. Et cette dernière de poursuivre : “Il y a un vrai besoin d’engagement chez nos collaborateurs. Depuis deux ans, les jeunes cadres qui arrivent dans le groupe mettent entre trois et six semaines pour arriver dans mon bureau et me demander comment ils peuvent être utiles, via l’entreprise, à la communauté nationale. Dans ce cadre, l’éducation et le décrochage scolaire sont depuis le début une priorité pour le groupe”.

“Depuis deux ans, les jeunes cadres qui arrivent dans le groupe mettent entre trois et six semaines pour arriver dans mon bureau et me demander comment ils peuvent être utiles”

Même constat au sein du groupe L’Équipe. “Depuis quelques années, des projets associatifs ou solidaires avaient été portés par des salariés, notamment lors du tsunami en 2005 ou lors du tremblement de terre au Japon en 2011. La volonté était donc de fédérer toutes ces bonnes énergies internes sous une structure dédiée”, note Jean-Louis Pelé, directeur général du groupe L’Équipe. Aujourd’hui, quelque 70 personnes sont inscrites au club de bénévoles du Fondaction L’Équipe créé en 2017. “Aujourd’hui, les projets soutenus par le Fondaction sont en majorité portés par des collaborateurs. La structure accompagne principalement cinq associations avec lesquelles elle développe des projets concrets”, ajoute Julien Lizé, responsable de cette structure.

Chaque fondation porte en elle l’ADN des salariés qui s’impliquent dans ses actions. Comme le confirme également Guilène Bertin-Perri, secrétaire générale de la fondation Deloitte : “les actions sociétales chez Deloitte sont nées à l’initiative des collaborateurs il y a 19 ans. Une vingtaine de collaborateurs ont émis le souhait, en 2000, de pouvoir s’impliquer dans des actions utiles à la société. Après huit ans d’actions autour de l’éducation, la direction générale a souhaité pérenniser ces initiatives en créant une fondation d’entreprise. Notre fondation a clairement pour objectif de permettre aux salariés de donner de leur temps et de leurs compétences au service de l’éducation et de l’innovation sociale. Ce sont les collaborateurs qui font vivre nos actions que nous co-construisons avec les bénéficiaires”.

Les salariés, force de proposition

Les collaborateurs sont devenus également force de proposition. Sans être une pyramide inversée, la fondation d’entreprise est à leur écoute. “Les projets sont centralisés par la fondation qui les propose aux salariés dans une sorte de bourse. Les salariés peuvent choisir un de ces projets ou en proposer un. Ils viennent défendre le projet devant le comité de sélection et en sont donc les porte-parole, ce qui les oblige à bien se renseigner en amont, à rencontrer les porteurs de projet et à s’en imprégner. Ils doivent être habités par le projet pour être convaincants”, explique Olivier de Fontenay, directeur général de Eres Gestion, dont la fondation a vu le jour en 2018. Même politique chez EY [anciennement Ernst & Young]. “Les collaborateurs peuvent proposer un projet d’utilité sociale qui leur tient à cœur en parrainant sa candidature”, explique Fabienne Marqueste, déléguée générale de la fondation d’entreprise EY.

“Chaque année, la fondation lance un appel à projets auprès de ses salariés afin de sélectionner puis soutenir une association au sein de laquelle un ou plusieurs collaborateurs sont impliqués”

Un processus que l’on retrouve chez Renault. “Chaque année, la fondation lance un appel à projets auprès de ses salariés afin de sélectionner puis soutenir une association au sein de laquelle un ou plusieurs collaborateurs sont impliqués, et dont les actions s’inscrivent dans le prolongement de ‘Mobilize’, le programme d’économie sociale et solidaire du groupe dont les principaux engagements sont l’inclusion et la mobilité durable”, détaille Sophie Chazelle, directrice adjointe de la fondation d’entreprise du groupe Renault. Il arrive parfois que les équipes de management voient d’un mauvais œil l’implication de leurs collaborateurs dans ces actions associatives car elles les privent d’une partie de leurs équipes. “Les managers peuvent nous contacter directement pour mettre en place des missions de solidarité au sein de leur équipe. Dans ce cas, nous construisons avec eux des programmes d’engagement adaptés à leurs besoins et disponibilités. En moyenne, les collaborateurs s’engagent trois journées par an et toujours sur leur temps de travail”, ajoute Cécile Jouenne-Lanne, directrice citoyenneté au sein de la banque Société Générale.

Coller au plus près de la réalité

“En tant qu’acteur économique, nous avons un rôle quant à l’avenir du territoire. Le secteur aérien va se développer de manière exponentielle dans les dix prochaines années. La mission de notre fondation est aussi d’accompagner, via nos collaborateurs, ces milliers de jeunes dans l’accès à l’emploi et une meilleure connaissance des métiers. Un million de passagers, c’est 4 000 emplois”, explique Laure Kermen-Lecuir chez ADP. Au-delà du simple aspect financier, la fondation d’entreprise, au travers de ses collaborateurs, peut faire le lien direct avec la réalité sociale.

Les compétences aident ainsi à se rapprocher des attentes des associations. “C’est justement cet apport de compétences qui est apprécié des ONG et associations, qui considèrent la fondation comme un conseiller opérationnel ou en matière de gouvernance, au-delà de l’apport financier. Suez est une entreprise de spécialistes qui exercent des métiers d’intérêt général, cela fait partie de l’état d’esprit des collaborateurs”, analyse Myriam Bincaille, déléguée générale de la fondation Suez.

“Cet apport de compétences est apprécié des ONG et associations, qui considèrent la fondation comme un conseiller opérationnel ou en matière de gouvernance, au-delà de l’apport financier”

Le terrain encore et toujours pour coller au plus près des bénéficiaires. “Les initiatives du terrain sont très importantes parce qu’elles traduisent une réalité concrète, celle que vivent nos collaborateurs au quotidien et dans la proximité. Ce sont des signaux faibles qu’il faut écouter, d’autant plus sur notre thématique de la solitude en ville, parce qu’ils nous permettent de remonter des nouveaux facteurs d’isolement ou de publics isolés”, note Karine Viel, déléguée générale de la fondation Monoprix.


Le mécénat en régie directe, alternative à la fondation d’entreprise

Pas besoin de véhicule juridique dédié pour se lancer dans le mécénat de compétence. Les entreprises qui le souhaitent peuvent faire du mécénat en régie directe. Car il faut bien avouer que le statut de fondation d’entreprise est plus contraignant. L’obligation d’une dotation et d’un programme d’action pluriannuel (PAP) minimum de 150 000 euros sur cinq ans peut être un peu rédhibitoire pour certaines PME. Celles-ci voyant ce curseur comme un frein significatif.

Par ailleurs, la fondation d’entreprise nécessite la nomination d’un commissaire aux comptes, ce qui implique la publication des comptes annuels et d’une communication à la préfecture. En toute logique, les fondations sont chapeautées par un conseil d’administration composé des fondateurs et des représentants du personnel (deux tiers) ainsi que par des personnalités qualifiées dans les domaines d’actions de l’entreprise (un tiers). Mais aucun statut n’est idéal. “Dans les faits, les fondations sont parfois limitées par leurs statuts. Une fondation ne peut financer que des associations à but non lucratif et des projets basés sur l’intérêt général. Or, la définition de l’intérêt général n’est pas toujours si évidente, et l’innovation sociale et solidaire pas uniquement réservée au monde associatif”, note Karine Viel, déléguée générale de la fondation Monoprix.

Les plus petites entreprises opteront alors pour le mécénat en régie directe. Dans ce cas précis, le mécénat de l’entreprise est géré au sein même de ladite société par un service dédié ou par n’importe quel autre département en interne. L’observatoire de la philanthropie, publié en juin dernier par la Fondation de France, souligne que “la gestion en régie directe permet une plus grande souplesse, tant dans l’allocation des moyens que dans la gouvernance des opérations”. Néanmoins, la création d’une fondation au sein d’une entreprise inscrit résolument cette dernière sur le long terme. Ce n’est plus du “one shot”. C’est une politique qui place le mécénat au cœur d’une réflexion aboutie et pérenne.


Saïd Hammouche, président de Mozaïk RH et de la Fondation Mozaïk

Comment votre fondation peut-elle promouvoir la diversité au sein des forces vives de l’économie française ?
La mission de la fondation Mozaïk est d’agir pour accélérer l’inclusion économique des talents des territoires moins privilégiés. Son conseil d’orientation est composé de dirigeants d’entreprises. C’est avec eux que nous concevons nos programmes à destination du monde économique. Nos actions, très opérationnelles, s’adressent prioritairement aux managers et recruteurs, mais aussi aux responsables politiques. Nous incubons et expérimentons des innovations avec le soutien de grands groupes.

Avez-vous le sentiment que les trophées décernés aux entreprises remarquées pour leurs pratiques dans la promotion de la diversité sociale aident à votre action ?
Inspirer l’ensemble des entreprises de notre pays, c’est tout l’objet du “Top 10 des recruteurs de la diversité”. En trois ans, nous avons ainsi identifié trente pratiques performantes de recrutement ou d’intégration, que nous diffusons largement et qui permettent aux dirigeants et recruteurs de mieux comprendre les enjeux, les méthodes et l’intérêt pour leurs entreprises d’une politique de diversité. Je constate qu’ils sont aussi de plus en plus nombreux à comprendre que le clonage, c’est la mort assurée de l’entreprise. Dans le monde dans lequel nous vivons, se doter d’équipes multiculturelles d’origines variées, c’est faire preuve d’une réelle dynamique et d’une forte créativité.

Pensez-vous que votre exemple parviendra à évangéliser des fondations à vocation sociétale comme la vôtre ?
Il est temps d’inventer une nouvelle génération de partenariats public-privé pour servir le bien commun à partir des outils et des méthodes propres au développement des entreprises. Ce sont les valeurs de l’entrepreneuriat social, portées par une culture de l’obligation de résultat. Cela étant, notre ambition est d’abord tournée vers notre objet : que l’inclusion économique des talents des territoires moins privilégiés ne soit plus une question d’ici trois ans.


Le nombre total d’entreprises mécènes s’élevait en 2017 à 9 % pour un budget compris entre 3 et 3,6 MdsE.
La part dans le budget mécénat se ventile entre le financier (84 %), le mécénat en nature (3 %) et le mécénat de compétences (13 %).
Les entreprises mécènes privilégient des projets au niveau régional pour 89 % d’entre elles. Alors que 21 % optent pour une action nationale et 15 % se concentrent sur l’international.Source : Admical, baromètre du mécénat d’entreprise, chiffres-clés 2018.

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