Dans les banlieues, « nous n'avons pas d'autre choix que de faire simple » avec les emplois francs
Les Echos.fr - mardi 17 avril 2018

INTERVIEW – Le président fondateur de Mozaïk RH, Saïd Hammouche, en pointe dans la lutte contre les discriminations à l’embauche, juge positivement le dispositif des emplois francs du gouvernement, mais estime qu’il doit être complété par d’autres mesures.

 

Les emplois francs version Hollande ont fait flop. Les emplois francs version Macron sont-ils de nature à changer la donne ?  

La mesure va dans le bon sens car elle a vocation à rendre attractive par le biais d’un contrat aidé une population talentueuse prête à travailler mais discriminée alors qu’on ne compte pas les postes à pourvoir. C’est une hérésie économique ! La France adore la complexité administrative de peur des effets d’aubaine. Cette fois-ci, les critères ont été fortement simplifiés. Tant mieux, la situation est dramatique et nous n’avons pas d’autre choix que de faire simple. Mais la mesure doit être complétée pour ne pas rester ponctuelle.

 

Comment ?

En organisant des rencontres pour donner envie aux recruteurs de s’intéresser à ces talents discriminés. Les processus de sélection et d’évaluation des candidats doivent évoluer de manière durable pour garantir toute non-discrimination.

J’ajoute qu’une fois ces populations recrutées, il faut les faire grandir et éviter les phénomènes de type plafond de verre.

 

Partagez-vous les critiques qui ont accompagné la politique du gouvernement en matière de contrats aidés – moins nombreux mais avec un engagement de formation renforcé ? 

Je pense qu’il y avait urgence à donner un nouveau souffle en matière d’accompagnement et de formation . Les moyens promis pour le grand plan compétences [14 milliards d’euros pour 1 million de jeunes décrocheurs et 1 million de chômeurs de longue durée, NDLR] sont très conséquents. Attendons de voir pour juger. Mais on ne peut pas vouloir changer significativement la donne sur le marché du travail et en rester avec les mêmes outils. Le plan compétences doit être l’occasion de se mettre au goût du jour avec des formations plus courtes, plus ciblées.

 

La discrimination dont souffrent les populations des quartiers prioritaires de la ville diminue-t-elle maintenant que la prise de conscience du phénomène semble partagée ? 

La situation n’est pas la même qu’il y a dix ans. A l’époque, une énergie folle a été consacrée pour sortir du déni. Sourcing, image, stéréotype… chacun a pris le problème par un angle. La crise de 2008 est ensuite intervenue.

Aujourd’hui, nous avons besoin de mesures comme les emplois francs même si, comme je vous l’ai dit, elles sont incomplètes. Les entreprises ont besoin de mettre en place des processus rationnels de recrutement pour accéder rapidement aux candidats et les évaluer. Ce qui n’est bien souvent pas le cas d’où la persistance de biais discriminants d’autant plus que les personnes qui se sont fortement impliquées il y a dix ans dans les entreprises ont pu bouger depuis. J’ajoute que les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer pour faire appliquer la loi.

 

Alain Ruello

Mozaik RH 23, rue Yves Toudic 75010 PARIS
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